MICHEL ISARD Index du Forum MICHEL ISARD
SES CHANSONS : Auteur - Compositeur - Interprète
SES CONTES DE PROVENCE : Écrivain - Conteur.....
 
 FAQFAQ   RechercherRechercher   MembresMembres   GroupesGroupes   S’enregistrerS’enregistrer 
 ProfilProfil   Se connecter pour vérifier ses messages privésSe connecter pour vérifier ses messages privés   ConnexionConnexion 



 Bienvenue 
Automne

 
 

 
LE SITE DE MICHEL ISARD


 
UNE BALLADE EN CHANSONS  -  DES CONTES  DE LA PROVENCE D'HIER - UNE PROMENADE AUX SENTEURS DE THYM, DE ROMARIN - DES ANECDOTES  ET  BIEN D'AUTRES CHOSES ENCORE - DÉCOUVREZ LES

 
 
 
 
Accéder aux rubriques - Aux articles

 
 
RETOUR PAGE D'ACCUEIL

 
 

 
VOUS POUVEZ LAISSER MAINTENANT UN MESSAGE SANS VOUS INSCRIRE

 
 
                                    
Test La Ouchie

 
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    MICHEL ISARD Index du Forum -> MICHEL ISARD -> Mes écrits - Divers
Sujet précédent :: Sujet suivant  
Auteur Message
Admin
Administrateur

Hors ligne

Inscrit le: 04 Oct 2011
Messages: 14

MessagePosté le: Dim 9 Oct - 18:51 (2011)    Sujet du message: Test La Ouchie Répondre en citant

Dans le fin fond d’une garrigue, là-bas, du côté du Garlaban, j’étais couché à même le sol, la tête légèrement relevée, pour éviter que le sang ne m’étourdisse. J’écoutais le silence, les étoiles brillaient, scintillaient, la voûte était celle de la Provence, avant d’être celle du monde entier, la voûte de la Provence.C’est à partir de là que vint frapper à la porte de mon esprit, comme, comme une petite cloche qui tinte dans le lointain, cette histoire, cette histoire vraie bien sûr.


C’était un matin d’automne, ou de Mai peut être, je ne me souviens plus très bien. Le vent jouait comme un petit fou, chantait, sifflait, autour de la cabane, courait, pliait les hautes herbes, rebondissait, claquait les volets, tant et si bien qu’il inquiétait les moutons et les chiens qui commençaient à s’agiter.
Soudain, le vent tourbillonna plus lentement, vint vers moi, et j’entendis, à peine perceptible, comme un murmure…
La Ouchie ! murmura le vent. La Ouchie ! La Ouchie ! murmura-t-il à nouveau.
- Dis le vent,  qui est la Ouchie ?
Tout était redevenu calme. Le vent comme fatigué de ses sarabandes, était à mes pieds.
 - Qui est la Ouchie ?
À ma nouvelle interrogation le vent me répondit par une petite traînée qui partit de mes semelles, pareille à une mèche qui brûle à toute allure. Je suivais des yeux cette traînée qui courait sur les cailloux, bondissait sur les rochers. Cela me faisait l’effet d’un petit ru… té d’un petit ru qui retourne à sa source pour se reposer ! Elle s’arrêta au pied d’une vieille croix que j’avais aperçue, une croix qui semblait braver le temps, plus parce que le bois était un vrai bois dur, que par bravoure.
Le vent m’invita à m’asseoir.


- Il y a des lustres et des lustres que je me promène en Provence, me dit-il, et chaque fois que je le peux, quand Monsieur Mistral affûte ses aiguilles de froid et qu’il me laisse la place, je viens voir la Ouchie. La Ouchie…quelle femme se fut ! Elle était si belle, si belle, que dans la clairière les fleurs la jalousaient. Un teint de lait, des yeux si doux où se confondaient la tendresse, l’amour. Son sourire c’était le soleil qui vous inondait et vous chauffait le cœur. D’où venait-elle ? Fille d’un berger et d’une bergère qui, un soir d’hiver s’étaient un peu trop attendris ? Fille de vagabonds qui couraient la campagne ? Fille d’émigrés qui s’employaient dans les Mas ou les fermettes pour les durs travaux ? Nul ne le sut, on ne le saura jamais. Peut-être, peut-être oui, que celui qui lui prit ses dix huit ans, un jour où elle était plus belle et plus radieuse encore, sous son voile blanc…Tu sais, ces jours-là sont des jours de confidences, de confidences secrètes…peut être, alors, que lui le sut. Lui…Lui…des cheveux blonds comme les Scandinaves, des yeux bleus, un bleu froid, rien de comparable avec notre bleu, celui qui roule dans les vaguelettes de nos calanques. À vrai dire il n’avait pas l’air commode. Souvent quand la pie jacassière, ou l’oisillon fatigué se posait sur le toit de chaume de la cabane, où ils habitaient, celle  où tu loges maintenant avec tes moutons, ils entendaient gémir la belle Ouchie. Moi parfois je m’infiltrais par la cheminée, provoquant un léger retour de flamme. Je voyais alors la Ouchie pleurer, pleurer. Tu sais, continua le vent, l’amour chez vous, c’est comme une moisson, si les graines des semailles se sont bien épousées, au sein d’une terre bien grasse, qui sent bon, sous la couverture chaude d’un bon soleil, pas trop loin du lit d’une rivière, qui gorgera les petits grains…hé bien à la naissance, l’enfant blé sera, beau, orgueilleux, plein de promesses pour la moisson de juillet. Chez la Ouchie, c’était différent, les graines ne devaient pas être les mêmes, l’une blé d’hiver, l’autre blé d’automne. Et l’enfant qui naquit de cette moisson ratée, la Ouchie l’aimait, le chérissait, c’était l’amarre de sa vie. Puis, un jour de grande pluie, quand vint la nuit, une nuit d’un noir d’encre, le blond, le Scandinave, emporta l’enfant, promit de revenir, et ne revint jamais. Alors la malheureuse, chaque heure, chaque jour, chaque année durant, montait pleine d’espoir sur la montagne, et c’est là que la lumière de sa vie s’éteignit, et qu’un chasseur la trouva.
Elle semblait sourire disait-il…elle semblait sourire.
Le vent ne disait plus rien.


Braves gens, avez-vous vu le vent pleurer ? Moi j’ai vu le vent pleurer, des larmes qui font frissonner la terre et mouillent l’herbe comme la rosée du matin.
- Dis le vent et le petit de la Ouchie, il est revenu ?
L’éolienne se mit à tourner un peu plus vite, le vent sembla s’animer, et, comme s’il était de connivence, le petit olivier rabougri, qui se trouvait là, que je croyais mort, puisque sa dernière olive devait dater d’avant ma naissance, pris la parole :
- Je n’ai pas bien entendu ce que te disait le vent, depuis que j’ai perdu mes feuilles, je n’ai plus les bruissements, et alors j’entends bien moins, seule ma vieille écorce m’aide un peu. Je sais qu’il était question de la Ouchie, tu as même demandé, si le petit de la Ouchie était revenu, hé bien nous, les fidèles du…l’arbre s’interrompit.
- Dis petit, regarde le sommet du cyprès là-bas, s’il bouge c’est que le vent nous écoute.


Le cyprès ne bougeait pas, alors l’olivier poursuivit.


- Nous les fidèles du paysage, connaissons l’histoire de la Ouchie, et ressentons ce que le vent ressent. Mais la différence, c’est que le vent lui doit être amoureux, ou alors, peut-être que cela vient du fait que nous la voyons souvent… et quand il y a abondance, suffisance, on s’habitue.
- Comment ça, vous la voyez souvent ?
- Hé bien voilà, quand c’est jour de pluie, que la nuit est d’un noir d’encre, que le ciel est si bas, si bas que je crois avoir grandi, une clarté s’échappe des nuages, comme si un phare s’était bloqué. Dans le halo de lumière, dans lequel la pluie ne pénètre jamais, c’est d’ailleurs pour cela que l’herbe est toute jaune, comme morte de soif…dans ce halo de lumière apparaissent la Ouchie et son enfant…
Comme autrefois, toujours aussi belle, peut-être plus heureuse encore. Son enfant, après avoir gambadé, et sauté comme un cabri pendant des heures, passe ses petits bras autour du cou de la Ouchie. On peut voir sa frimousse joyeuse, ses yeux pétillants, c’est la joie à l’unisson. Dès que commence à filtrer, très loin les pointes du jour naissant, la Ouchie et son enfant accroché à son cou, disparaissent du halo de joie, comme aspirés par une force qui les attirent vers la vieille croix.


Voilà l’histoire de la Ouchie, me dit l’olivier, surtout ne la raconte pas au monde entier, car sinon, ce petit coin qui est avant tout notre petit coin, deviendra comme un jour de foire à Barbentane, plein de monde. Ou si tu la racontes, tu diras que le coin se trouve quelque part… en Provence.


Je frissonnais, les sommets du Garlaban, teintés de rouge par le soleil levant, laissaient prévoir une journée chaude. En bas du coté de Gémenos, les lumières s’allumaient une à une dans les Mas, et, dans peu de temps, le brave curé, le Père de la paroisse sonnera les cloches à toutes volées. Je sais, je sais, vous attendez que je vous dise où se trouve le coin, l’endroit où l’on peut voir la Ouchie. Hé bien non, je ne le peux. Le vent, l’olivier, et puis tous les autres sont mes amis, et les amis, c’est comme un bon pain bien frais, si tu l’oublies au fond de la panetière, tu le trahis, il devient dur, immangeable, rassis, et tu le jettes… C’est pour cela, qu’en Provence, on ne jette jamais, jamais on ne jette le pain.






                                                                             MICHEL ISARD


Revenir en haut
Publicité






MessagePosté le: Dim 9 Oct - 18:51 (2011)    Sujet du message: Publicité

PublicitéSupprimer les publicités ?
Revenir en haut
Montrer les messages depuis:   
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    MICHEL ISARD Index du Forum -> MICHEL ISARD -> Mes écrits - Divers Toutes les heures sont au format GMT + 1 Heure
Page 1 sur 1

Sauter vers:  


Index | Panneau d’administration | Creer un forum | Forum gratuit d’entraide | Annuaire des forums gratuits | Signaler une violation | Conditions générales d'utilisation
Powered by phpBB © 2001 phpBB Group
Traduction par : phpBB-fr.com
Chronicles phpBB2 theme by Jakob Persson (http://www.eddingschronicles.com). Stone textures by Patty Herford.